De l'art de dire des conneries et un petit livre de Harry G. Frankfurt, professeur émérite en philosophie de l'université de Princeton. Il s'agit de la traduction de On Bullshit, qui est un essai philosophique écrit pour un séminaire de l'université de Yale en 1984 ou 1985 lorsqu'il y était fellow. L'auteur y tente de définir ce qu'est un baratineur. Car comme il le dit

L'un des traits caractéristiques de notre culture est l'omniprésence du baratin...

Il faut distinguer deux composantes du discours presque mensonger :

  1. tromper l'auditoire sur les faits rapportés,
  2. tromper l'auditoire sur l'état d'esprit de l'énonciateur (s'il croit ou non à ce qu'il dit).

Le menteur a pour but tromper l'auditoire sur les faits rapportés, en le trompant sur son état d'esprit. Il sait que ce qu'il dit est faux, il veut le faire croire aux autres et pour cela il fait croire qu'il y croit lui même. Il sait cependant ce qui est vrai ou faux.

Le bluffeur veut quant à lui tromper l'auditoire sur son état d'esprit. Il n'est pas nécessaire pour cela que les faits rapportés soient juste ou faux. Le bluff nécessite également de la part de l'énonciateur de connaître la véracité des faits rapportés. Il peut dire la vérité comme il peut mentir, le bluff consistant à ne pas pouvoir le savoir.

Le menteur comme le bluffeur a un certain respect de la vérité. Tous deux savent ce qu'ils disent et leur mensonge demande de l'habileté et une grande précision pour introduire l'élément de mensonge dans un système cohérent en vue d'échapper aux fâcheuses conséquences que pourraient avoir leur mensonge.

Le baratineur ne cherche pas nécessairement à tromper l'auditoire sur les faits rapportés ou tromper sur son état d'esprit. Il peut effectivement le faire, mais ce n'est pas ce qui fait l'essence du baratin. Ce qui caractérise le baratineur est le peu d'importance qu'il accorde à la réalité. Ce qu'il peut dire est vrai ou faux, il peut le dire de toute bonne foi ou non, le baratin se situe dans son intention de donner une image déformée de lui même sans se soucier de la réalité. Il n'a aucune exigence de véracité.

Il faut toute fois distinguer le baratineur du fumiste qui a une intention délibérée de donner une vision déformée de sa personne en étant pédant, prétentieux, pompeux, etc. En ce sens, le fumiste est également une forme de menteur, contrairement au baratineur.

Selon l'auteur le baratineur est un pire ennemi de la vérité que le menteur car ce dernier y accorde au moins de l'importance. Le baratineur est souvent traîté avec plus d'indulgence que le menteur car on ne prend pas ses bêtises pour un affront personnel (il n'y a pas de désir de tromper). L'exactitude cède alors la place à la sincérité, peut importe de dire la vérité du moment qu'on le dit honnêtement... Et l'auteur de conclure :

la sincérité, par conséquent, c'est du baratin.

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